« Ensuite, il ne s’est plus rien passé ».

J’ai une confession à vous faire, mes chers lecteurs.

Il y a une auteur que j’aime par dessus tout. Chaque fois qu’un de ses livres paraît, je file à la librairie pour me le procurer. Ses livres, pour moi, c’est ma drogue, ma dose, mon rayon de soleil à moi.

Cette auteur, c’est Amélie Nothomb.

Oui, je sais que beaucoup de gens ne l’aiment pas.  A cause de sa personalité. De ces textes étranges et certaines fois difficilement compréhensibles.

Mais moi, je l’adore. Je suis un fan. J’ai réussi à la voir en dédicace, à Bordeaux. Et ce fut un moment magique. Ce que j’ai le plus apprécié, c’est qu’à chaque lecteur, elle demande son nom, ce qu’il fait, ses rêves, ou de lui parler de ce qu’il veut. Elle prend le temps de mieux connaître ses lecteurs, et leur fait une dédicace personnelle à chacun.

Bref, vous vous demandez sûrement pourquoi je parle d’elle ? Parce que j’ai relu ses livres, il y a peu. Et dans son livre « Biographie de la faim », il y a un passage que je trouve absolument magnifique,  que je souhaite vous livrer. C’est un peu long, je m’en excuse, mais ça vaut le coup d’oeil.

Je précise que, comme c’est une autobiographie, c’est d’elle dont elle parle.

« Le dictionnaire était l’atlas des mots. Il définissait leur étendue, leurs ressortissants, leurs limites. Certains de ses empires étaient d’une bizarrerie déboussolante : il y avait azimut, béryl, odalisque, perlimpinpin.

Si l’on cherchait bien dans les pages, on trouvait aussi le mal dont on souffrait. Le mien s’appellait « manque du Japon », qui est le véritable définition du mot « nostalgie ».

Toute nostalgie est nippone. Il n’y a pas plus japonais que de languir sur son passé et sur sa majesté révolue et que de vivre l’écoulement du temps comme une défaite tragique et grandiose. Un Sénégalais qui regrette le Sénégal d’antan est un Nippon qui s’ignore. Une fillette belge pleurant au souvenir du pays du Soleil Levant mérite doublement la nationalité japonaise.

– Quand rentre-t-on à la maison ? demandais-je souvent à mon père – la maison désignant Shukugawa.

– Jamais.

Le dictionnaire me confirmait que cette réponse était terrible.

Jamais était le pays que j’habitais. C’était un pays sans retour. Je ne l’aimais pas. Le Japon était mon pays, celui que j’avais choisi, mais lui ne m’avait pas élue. Jamais m’avait désignée : j’étais ressortissante de l’Etat de jamais.

Les habitants de jamais n’ont pas d’espoir. La lanhue qu’ils parlent est la nostalgie. Leur monnaie est le temps qui passe : ils sont incapables d’en mettre de côté et leur vie se dilapide en direction d’un gouffre qui s’appelle la mort et qui est la capitale de leur pays.

Les jamaisiens sont des grands bâtisseurs d’amours, d’amitiés, d’écritures, et autres édifices déchirants qui contiennent déjà leur ruine, mais ils sont incapables de construire une maison, une demeure, ou même quoi que ce soit qui ressemble à un logis stable et habitable. Rien, pourtant, ne leur paraît aussi digne de convoitise qu’un tas de pierres qui serait leur domicile. Une fatalité leur dérobe cette terre promise dès qu’ils croient en avoir la clé.

Les jamaisiens ne pensent pas que l’existence est une croissance, une accumulation de beauté, de sagesse, de richesse et d’expérience ; ils savent dès leur naissance que la vie est décroissance, déperdition, dépossession, démembrement. Un trône leur est donné dans le seul but qu’ils le perdent. Les jamaisiens savent dès l’âge de trois ans ce que les gnes d’autres pays savent à peine à soixante-trois ans.

Il ne faudrait pas en déduire que les gens de jamais sont tristes. C’est le contraire : il n’y a pas de peuple plus joyeux. Les moindres miettes de grâce plongent les jamaisiens dans l’ébriété. Leur propension à rire, à se réjouir, à jouir et à s’éblouir est sans exemple sur cette planète. La mort les hante si fort qu’ils ont de la vie un appétit délirant.

Leur hymne national est une marche funèbre, leur marche funèbre est un hymne à la joie : c’est une rhapsodie si frénétique que la simple lecture de la partition fait frémir. Et pourtant, les jamaisiens en jouent toutes le snotes.

Le symbole qui fleurit leur blason est la jusquiame. »

Voila, c’est un extrait de « Biographie de la faim », sorti en 2004 chez Albin Michel (depuis on doit pouvoir le trouver en livre de poche). J’espère que cet extrait vous a ravi.

Je vais vous laisser pour cet article, avec le dernier clip de Oomph! qui s’appelle Sandmann. J’ai trouvé une version en anglais sous titré, pour que vous puissez comprendre ce qui se dit. Je crois que c’est un de mes préférés, car on sent une vraie émotion dedans.

A très bientôt,

Antoine

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