La Nuit des nuits sans amour

Je crois l’avoir déjà dit, mais dans le doute, je vais le redire (je vous jure, Alzheimer à mon âge, si c’est pas malheureux…) : Il y a un poète que j’aime beaucoup et qui mérite sa place aux côtés de Charles Baudelaire et de William Shakespeare, c’est Robert Desnos.

Souvent, quand on parle de lui, on a le souvenir d’une petite poésie rigolote, qu’on a appris en primaire, sur un pélican et un capitaine de marine, « Le pélican de Jonathan/Au matin, pond un oeuf tout blanc/Et il en sort un pélican/Lui ressemblant étonnamment ».

Mais quand je me suis plongé dans ses oeuvres, j’ai été particulièrement ému par un poème qui s’appelle « J’ai tant rêvé de toi » et qui commence ainsi « J’ai tant rêvé de toi/Que tu perds ta réalité ». Quelle magnifique déclaration d’amour ! Mais il en a écrit un autre qui s’appelle « The Night of loveless nights ». C’est un poème de 550 vers, qui alterne rimes et proses et qui est tout simplement magnifique.

J’ai voulu essayer d’en écrire un comme ça, où tout se mélangeait… Je me décide à le soumettre à votre jugement ! Il est un peu long, mais j’espère qu’il vous plaira !

The Night of Deathly Stars

La Nuit a envahi la Terre, et
Je suis, dans l’herbe, allongé.
Mes yeux brillants sont remplis de larmes,
Je considère la vie comme un drame.

Cassés, détruits, écartelés, déchirés,
Je sens mon corps et mon âme molestés.
Fin des Illusions. La Réalité me rattrape
Tandis que mon corps de la nuit se drape.

Je ressens l’abandon, la solitude,
La perte de toutes mes certitudes.
Si la joie, un jour, dans mon être était présente,
Elle figure aujourd’hui du côté des grandes absentes.

Brandissant peureusement, tel un étendard,
La mélancolie, la nostalgie et le cafard,
Sur ma vie, je me pose des questions,
Cherchant des réponses à en perdre la Raison.

Je me sens comme un robot pas réparé.
Un cœur dont la mécanique se serait arrêtée.
Et braquant mes yeux vers le ciel sans voiles,
Je me mets à contempler les Etoiles.

Comme de faibles ampoules accrochées
Dans le Firmament, elles éclairent
Mon pauvre visage, maintenant décomposé.
Je ne sais vraiment plus quoi faire.

Mais que se passe-t-il ? Je vois
Les étoiles s’éteindre au dessus de moi !
Un froid de plus en plus fort, une respiration saccadée…
Je crois que je commence à réaliser.

Est-ce donc la meilleure solution
Pour me libérer de tous mes démons ?
Plus d’échappatoire. La Machine est enclenchée
Et mon corps commence à avoir des ratés.
Plus de volonté de se battre. La fin se fait sentir.
Je ne sens plus la force en moi d’honnir
La moindre personne. Le calme tellement recherché
Débute enfin et produit ses effets.

Mon âme s’échappe déjà maintenant
De cette enveloppe charnelle désormais inutile.
Et mes yeux, ô bonheur futile !
Se ferment sur les astres du Firmament.

Cette nuit, les Etoiles sont mortes dans le Ciel.

Alors ça y est, c’est la fin. Le Terminus de la Vie, le coup d’arrêt à mes délires. Plus jamais je ne pourrais sentir l’air frôler mon visage ; plus jamais je ne pourrais m’allonger dans l’herbe ; plus jamais je ne verrais les étoiles dans le Ciel. Mais maintenant, j’ère, sans savoir où aller. L’immensité du Monde qui m’entoure me désespère. Soudain, un bruissement d’ailes se fait entendre derrière moi. Hermès ne m’a donc pas oublié ! Il me prend la main et je vole avec lui, découvrant ainsi un monde que je pensais familier sous un angle tout à fait particulier.
Et voila que j’arrive devant la porte des Enfers, devant l’entrée du domaine de Pluton. Je commence à vouloir descendre, poser le pied à terre. Mais une main ferme me retient encore. Je serais donc un privilégié… Mercure me transporte encore au dessus d’une longue et grande foule, attendant sans nul doute le passage vers le Tribunal. Et encore, je vois le Styx, ce fleuve de sinistre renommée, et la barque du vieux Charon, le passeur squelettique. Soudain, le Dieu ailé me lâche et je tombe ! Me voici dans un tribunal, six yeux m’observent : Minos, Eaque et Ramadante vont décider de mon sort.
Celui-ci est d’ailleurs fixé on dirait. Une grande porte devant moi s’ouvre. Avec un esprit entremêlé de peurs, de doutes, de craintes, mais aussi de curiosité et d’espoir, je la franchis.

Une fois la porte massive passée,
J’entrevois au loin les Champs Elysées.
Je me mets alors à courir, courir
Sans pouvoir plus me retenir.

Mais alors que la Terre promise s’approche,
J’aperçois autour un nouveau fleuve
Non pas noir et sombre comme le Styx,
Mais lumineux et scintillant comme une étoile.
Je compris que ce cours d’eau voluptueux
Qui s’étendait ainsi sous mes yeux
Etait le fameux et célèbre Léthé
Par tous les poètes renommés tant chanté

Alors, décidé, je plongeais
Les mains dans ce liquide divin.
Et, en le relevant vers moi, je portais
Le breuvage divin jusqu’à mes lèvres entrouvertes.

Et ses effets immédiatement je ressentis.
Ma longue vie de douleurs se finit.
Les malheurs de ma vie, je les ai oubliés.
Les peines de cœur, je les ai effacés.

Eclairés par un soleil invisible,
Les gouttes d’eau se reflétaient et
Recréaient des constellations stellaires
Que j’avais longtemps oubliés.

Mon voyage touche à sa fin. Mais,
Avant que toute mon ancienne vie
Tombe pour l’éternité dans l’oubli,
Un dernier souvenir dans mon âme s’inscrivait.

Les Etoiles ont ressuscités dans le Ciel.

26-31 mars 2008

Pour finir cet article, j’ai envie de vous faire découvrir de la musique d’ailleurs. C’est un groupe  japonais qui s’appelle Kagerou et la chanson est « zetsubou ni sayonara ». Au début, ça peut faire peur, mais  la musique est très bien !

A très bientôt,

Antoine.

Advertisements

Un commentaire

  1. WAHOH! Ton poème est grandiose! Ce passage m’a particulièrement émue :
    « Cassés, détruits, écartelés, déchirés,
    Je sens mon corps et mon âme molestés.
    Fin des Illusions. La Réalité me rattrape
    Tandis que mon corps de la nuit se drape.

    Je ressens l’abandon, la solitude,
    La perte de toutes mes certitudes.
    Si la joie, un jour, dans mon être était présente,
    Elle figure aujourd’hui du côté des grandes absentes. »

    Quel doux voyage que celui de quitter ce corps, pour aller vers … l’ailleurs. Qqn m’a dit un jour que le corps n’est qu’une enveloppe, c’est l’âme qui est la plus importante. Sincèrement je le crois.
    Je vois que je ne suis pas la seule « à quitter cette terre » en poème, c’est rassurant! ^^
    Je cois que c’est le plus beau poème que j’ai lu de toi Antoine, car il m’a profondément touchée! (ou émotionnée si tu veux, mais effectivement, je ne crois pas que ça se dise!)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s