L’attaque du poulpe multicolore géant

Je sais, le titre n’est pas le plus fameux qu’il soit, mais les plus geeks d’entre vous auront compris la référence à une ancienne animation du studio Tanuki, qui se retrouve sur YouTube, mais pas avec les voix originales, c’est bien dommage !

Me voici donc, à vouloir traiter d’un poulpe multicolore géant. Dont le vrai nom est Google. Oui, parce que avec tous ses produits, Google ressemble à un poulpe, et comme leur logo est multicolore… Bref, un article sur Google, car je viens de relire un excellent article sur l’entreprise, écrit par l’hebdomadaire allemand  Der Spiegel, qui est donc accessible uniquement aux plus germanophones d’entre vous. La une de ce même journal est d’ailleurs assez caustique : « Google : l’entreprise qui en sait plus sur vous que vous même »

La une du Spiegel du 11 janvier 2010

En fait, j’ai un peu choisi mon camp sur un certain nombre de points, utilisant Google depuis assez longtemps (en fait, depuis que j’ai arrêté AltaVista, jeunesse quand tu nous tiens) et étant plutôt content des services Google. On ne peut pas nier que l’entreprise reste l’une des plus innovantes dans bon nombre de matières. Mais je voulais parler ici du différend opposant Google à la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour la numérisation de leur fonds. Hardi compagnons, je m’en vais vous conter les tenants et aboutissants du problème.

D’un côté, nous avons la BnF, riche d’une énorme collection, dont certaines parties tombent en poussières. L’une des solutions serait la numérisation des oeuvres, mais d’après un récent rapport, lui même rapporté par le site ActuaLitté, avec les moyens actuels, il faudrait 375 ans à la BnF pour tout numériser…

De l’autre côté, nous avons donc Google, et son service Google Books, qui numérise à tour de bras les fonds des bibliothèques municipales. En France, c’est celle de Lyon qui avait passé accord avec la firme américaine, s’attirant les foudres d’un certain président français…

Mais concrètement, comment ça se passe ? Il faut savoir que les prix d’une numérisation de qualité est très élevé (comptez quand même 20 € la page au maximum), imaginez alors le prix pour l’intégralité du fonds de la BnF… Sur ce, Google arrive et vous propose de numériser l’intégralité de votre fonds… gratuitement.

Idéal, me direz vous. Pas tout à fait. Dans son entreprise, Google numérise tout, même ce qu’il n’a pas le droit de numériser, à savoir les oeuvres encore sous droits d’auteur… De plus, si les images numérisées sont remises gratuitement à la bibliothèque, Google conserve l’exclusivité de la mise en ligne dans une base de données. En clair, si les images peuvent être consultables sur un logiciel et/ou internet, ce sera sur un logiciel Google ou sur Google Books, uniquement.

C’est là où le bât blesse. La bibliothèque de Lyon ayant souhaité développer un logiciel pour que ses usagers puissent consulter les images numérisées, elle s’est heurtée à cette clause qui leur interdit une telle possibilité. Quant à la BnF,  elle possède déjà son site internet dédié, Gallica, alimentant dans le même temps le portail des bibliothèques européennes, Europeana. Problèmatique, donc, pour traiter avec Google.

Donc, au début de l’année, le rapport Tessier (du nom de Marc Tessier, ancien président de France Télévisions) fut remis au ministère de la culture. Il prévoit, entre autres, une entente avec Google, car le rapport a montré que la BnF n’y arrivera pas sans aides extérieures. Les deux exigences de la BnF étaient les suivantes : pas d’exclusivité de Google sur la mise en ligne et possibilité de mettre en ligne les images numérisées sur Gallica. Cependant, en mars, les négociations sont rompues. Google claque la porte et ne veut pas se lancer dans la numérisation des fonds de la BnF.

Il me semble que c’est un énorme problème que cette rupture de négociations. Si en effet, on ne peut pas laisser l’exclusivité à Google de la numérisation (surtout que le présent contrat ne présente aucune clause en cas de rachat/faillite de Google), il est aujourd’hui nécessaire, pour la BnF, de trouver un investisseur extérieur pour le financement de sa numérisation, sous peine de rester avec des années en arrière, et un Gallica vide…

Quand on sait que Google va prochainement ouvrir Google Editions, qui permettra l’achat d’eBooks sans DRM, on peut se demander quels sont les plans de Google vis-à-vis du livre. Et réfléchir à un éventuel partenariat, sans être totalement asservi aux conditions de la firme. En tout cas, la position de certaines personnes, arc-boutées sur leurs positions en décrétant que « Google, c’est le mal » (tout en possédant un compte Gmail) est, à mon sens ridicule. Affaire à suivre.

Et vous, qu’en pensez vous ?

A  bientôt,

Antoine

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Un commentaire

  1. Il est certain qu’il faudrait que la BnF trouve un accord avec Google, mais cette histoire d’exclusivité est un peu pénible.
    Ce sont quand même des ouvrages pour majorité, très abîmés ou fragiles, qu’il faut donc manipuler avec le grand soin par des experts. Et puis, ce sont des ouvrages rares, historiques, qui n’ont peut-être pas leur place sur le net, comme ça, sans être consultés par des personnes qualifiées.
    Il y a aussi le pb du copyright.
    C’est clair que la numérisation d’une page vaut très cher, et encore, 20E, c’est le prix d’une numérisation en PDF, ça vaut plus cher en JPG.
    C’est un sujet épineux que celui-ci, ou chacun, que ce soit la BnF ou Google, doit prendre en compte tous les paramètres avant de se lancer.

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