Quelques notes de nostalgie

Dans mes souvenirs, il faisait toujours beau. Rares étaient les jours où la pluie traversait les nuages pour s’échouer sur la place.

Un peu à l’écart du centre-ville, c’était un véritable havre de paix, entre l’église Notre-Dame et le collège. Les jours les plus calmes, on pouvait même percevoir le bruissement du Clain, quelques centaines de mètres en contrebas.

Comme la place était interdite aux voitures, on pouvait s’y assoir pour prendre le soleil et discuter. Ce n’était pas la rue la plus passante de la ville, on pouvait donc en profiter pour goûter au calme de la ville, hiver comme été, quand le temps le permettait. D’un côté de la place, il y avait une église. Art roman, qui semblait protéger l’esplanade depuis quelques siècles.Mais elle n’avait d’église plus que le nom, car l’on entendait plus les chants des offices dans ses travées. C’était plutôt des notes de musiques, certes classiques, mais certaines profanes, qui résonnaient. D’ailleurs, sur son fronton, on ne lisait plus « Eglise », mais « Auditorium ».

Dans ce qui était, avant, la sacristie, trônait maintenant, sur une petite estrade, un piano à queue. Les jeunes choristes se regroupaient autour de lui, pour suivre le cours de chant du jour. Dans les soirs de concert à l’auditorium, c’est dans cette pièce que répétaient les musiciens angoissés, quelques minutes avant leur entrée en scène.

De l’autre côté, un bâtiment. Ni ancien, ni moderne, un mélange des deux, lui conférant un style sans âge. D’aucuns peuvent trouver cette façade triste et morne. Moi, je la trouvais rassurante et douce. C’était agréable de s’assoir devant et de la regarder, avant de pénétrer dans le bâtiment. En lettres blanches, sur la porte d’entrée, était inscrit « Conservatoire National de Région ».

Lorsqu’on entrait, on tombait sur une grande pièce spacieuse, où l’on profitait de la lumière du soleil, grâce à la verrière qui illuminait l’entrée. Au milieu de cette pièce, il y avait un patio, qui généralement était ouvert sur la pièce. Certaines répétitions d’orchestre laissaient les portes ouvertes, permettant d’observer, dès l’entrée, la rencontre des cuivres, des cordes, des percussions… D’autres fois, le patio était fermé, généralement pour protéger une audition, un concert, des cris et des rires, des paroles et des coups de sang des élèves. Mais même le patio refermé, il y avait une douce mélodie qui en sortait…

A l’étage. C’est à cet endroit que l’on retrouve les salles de cours. D’un côté, c’était les salles des instruments. A la faveur d’une porte entrouverte, on pouvait apercevoir les éclats lumineux d’une flûte traversière, les pistons d’une trompette, les touches noires et blanches d’un piano, l’archet d’un violoncelle, les courbes élégantes d’une harpe. Et des voix, d’élèves, de parents, de professeurs. Félicitant, encourageant, réprimandant, critiquant… Un méli-mélo de voix et de notes faisant naître une délicate cacophonie.

De l’autre côté, les salles de solfège. Avec, dans chacune, un piano droit et des tables. Ici, l’on décortique la musique, on la disserte, l’analyse. Pour beaucoup, c’est le moment le plus ennuyeux de l’apprentissage musical. De la théorie, dépourvue de toute magie, tout plaisir musical s’en va. Mais, au détour de quelques exercices, on plonge dans l’histoire de la musique et… dans le plaisir de la musique, de la comprendre.

Trois ans durant, j’ai fait partie de cet univers. Trois ans de travail, d’énervement, de frustration…. mais aussi de plaisir et de bonheur.

Et l’image que je retiens, c’est moi, plus petit et plus jeune qu’aujourd’hui, pénétrant dans la salle au patio, mon violoncelle sur le dos…

 

A très bientôt,

Antoine

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