Concours Cavaillé, le retour du tramway en France

Mes chers lecteurs l’auront sûrement remarqué, le tramway fait un retour spectaculaire dans beaucoup de villes françaises, longtemps après que les anciens réseaux du début du XXème siècle furent détruits. Et oui, il faut s’imaginer qu’avant la Seconde Guerre Mondiale, les plus grandes villes de France possédaient un énorme réseau de tramway. Mais au sortir de la Guerre, le tramway avait une image ringarde, désuète et vielle au profit de la révolution que constituait l’automobile. L’auto : voila la modernité, la simplicité ! Aujourd’hui, ça nous paraît bien archaïque cette vision des choses. Mais c’est pour ça que vers les années 1950, toutes les villes de France qui possédaient un réseau de tram commençaient à le retirer car, comme le disait le président Georges Pompidou : « Il faut adapter la ville à la voiture ».

Il faut avouer que dans les années 1970, cette idée commençait déjà à avoir du plomb dans l’aile : choc pétrolier, hausse des prix, bouchons… Mais il était hors de question de reparler de tramway ! On prête au maire de Bordeaux de l’époque, Jacques Chaban-Delmas, cette phrase : « J’ai enlevé le tramway à Bordeaux, ce n’est pas pour le remettre maintenant » . Donc, malgré les problèmes inhérents à la voiture, hors de question de voir ce moyen de transport primitif revenir dans les rues des villes métropolitaines.

C’est alors que, le 27 février 1975, le secrétaire d’Etat aux Transports, Roger Cavaillé, envoie une lettre aux maires de plusieurs villes, les engageant à réfléchir à la réintroduction du tramway en France, et arguant de la « nécessité d’arrêter les choix techniques et les échéanciers de réalisation (…) et d’étudier au plus vite des solutions utilisant au maximum la voirie actuelle et recourant à un minimum d’infrastructures nouvelles, en particulier souterraines. » Les villes qui seront sollicitées sont Bordeaux, Grenoble, Nancy, Nice, Rouen, Strasbourg, Toulon et Toulouse. L’autre volet du concours est, pour les constructeurs de matériel roulant, de proposer un modèle de tramway adapté aux nouvelles demandes. C’est ainsi que l’entreprise GEC Alsthom, qui deviendra Alstom, proposera son Tramway Français Standard.

Le TFS à Rouen

Du côté des villes sollicitées, aucune ne répondra favorablement au concours. Il ne reste donc que trois réseaux de tramway en France datant de l’origine : le tram 68 à Marseille, le tramway de Saint-Etienne et celui de Lille.

Il faudra attendre 1981 pour qu’une ville française relance le tramway dans son agglomération. C’est Nantes, qui n’a même pas été solicitée pour le concours Cavaillé, qui va lancer un programme de réimplantation du tramway dans la ville. C’est un choix politique très dangereux : l’ancien tram n’a pas laissé que des bons souvenirs… Pour preuve, le maire d’alors, Alain Chenard, est battu aux élections de 1983. Cependant, c’est un succès lors de l’ouverture et le tramway de Nantes est aujourd’hui le tramway le plus étendu en France.

La deuxième ville qui relance le tramway, c’est Grenoble. En 1987, la ville ouvre son réseau de tram, et en profite pour requalifier profondément les quartiers traversés par le tramway. C’est la première ville qui a participé au conconurs Cavaillé qui a fait un réseau de tram.

A Strasbourg, ce sont les élections municipales qui ont déterminé la suite du mouvement. 1989, la droite soutient un projet de métro à Strasbourg. La liste de gauche, emmenée par Catherine Trautmann, projette, elle, de créer un tramway. La gauche l’emporte et en 1994, le tramway strasbourgeois ouvre et dans le même temps, l’hyper centre de la ville est totalement interdit aux voitures.

Après ces trois villes, le tramway s’implante petit à petit en France. Voici les dates d’ouverture des réseaux de tramway : Bordeaux (2003), Le Mans (2007), Lyon (2001), Montpellier (2000), Mulhouse (2006), Nice (2007), Orléans (2000), Rouen (1994, mais exploité sous le nom Métro), Toulouse (2010) et Valenciennes (2006)

Certaines villes ont adopté des tramways dits « sur pneu », c’est à dire sans rails. Ce sont les villes de Caen (2002), Clermont-Ferrand (2006) et de Nancy (2000).

Enfin, de nombreuses villes vont, bientôt, avoir un tramaway. C’est le cas des villes d’Angers (juin 2011), « Artois » c’est à dire Lievin, Henin-Beaumont… (2014), Avignon (2016), Besançon (2016), Brest (2012), Dijon (2012), Le Havre (2012), Reims (16 avril 2011) et Tours (2013).

Cela montre à quel point la perception des transports en commun a changé aujourd’hui. On sait maintenant que la politique des bus et voitures uniquement est vouée à l’échec. On mise sur de nouveaux moyens de transports qui permettent de désenclaver les quartiers les plus lointains et de réhabiliter les villes sur le passage du tramway (Bordeaux en est un excellent exemple). Le tramway est donc, à mon humble avis, un atout majeur et moyennement onéreux pour redynamiser une ville.

A très bientôt,

Antoine.

 

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2 commentaires

  1. Salut Antoine,

    Je travaille actuellement à la mairie de Bordeaux comme stagiaire pour réaliser un « portrait de quartier » sur le centre-ville. Tes articles sont vraiment de très bonnes factures et je me demandais où tu avais trouvé tes sources.

    Bref, si tu étais d’accord pour que nous entrions en contact, je te laisse mon adresse mail.

    A bientôt j’espère,

    Simon

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