Bordeaux, le réveil du lion d’Aquitaine

Au détour de mes escapades sur Internet, je suis tombé sur un site, à propos de je ne sais plus quel article sur le tramway de Bordeaux, sur plusieurs commentaires qui étaient libellés comme ceci : « De toute façon, faire le tram à Bordeaux a été une énorme bêtise. On aurait du faire un métro, c’est moderne ça ».

Oui, un peu d’histoire de la ville est nécessaire pour mes amis lecteurs qui ne seraient pas de la région bordelaise. Dans la seconde moitié des années 1980, Bordeaux réfléchit, comme énormément de villes en France, sur la construction d’un Transport Commun en Site Propre (TCSP), en clair, un tramway, busway ou métro. Si le choix du Tramway est retenu à Nantes et Grenoble, celui du VAL, métro léger, est retenu à Toulouse et Lille (puis plus tard à Rennes). A Bordeaux, le maire se nomme Jacques Chaban-Delmas, à la tête de la ville depuis 1947, à la tête de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB) entre 1967 et 1977, puis depuis 1983 et surtout fossoyeur de l’ancien réseau de tramways de Bordeaux, en 1958. On comprend que ce dernier est davantage favorable au VAL qu’au tramway. D’ailleurs, il se plaisait à dire « J’ai supprimé le tramway en 1958, ce n’est pas pour le remettre aujourd’hui ».

Le projet de VAL est donc soumis au conseil de la CUB, et adopté. Le premier projet, datant de 1986, proposait deux lignes, en deux phases. Une ligne reliant Les Aubiers à la Gare Saint Jean et l’autre reliant l’Hôpital Pellegrin aux Quinconces. La deuxième phase créant une ligne Gare St Jean-Mérignac Aéroport, et étendant les deux autres lignes à Pessac via le Campus et vers la rive droite, qui aurait donc dû attendre assez longtemps pour avoir un vrai transport en site propre.

Ce plan est donc validé, malgré la faible longueur des lignes en première phase (6 kilomètres) et le prix déjà élevé (3,6 milliards de francs). Or, ce que la CUB n’avait pas prévu, c’est la formation d’associations comme Trans’Cub qui vont intenter des recours auprès des tribunaux pour annuler la déclaration d’utilité publique du VAL, et expliquant que le tramway permettait d’avoir des réseaux bien plus étendus.

Qu’à cela ne tienne, en 1991, de nouveaux tracés sont proposés et acceptés en conseil de CUB. Une première ligne effectuant le tracé Quinconces – Gare Saint Jean et une seconde le tracé Préfecture (Mériadeck) – Thiers-Galin, avec correspondance aux Quinconces. Ce projet avait une longueur de 10 kilomètres et un devis de… 5,9 millards de francs. Enfin, tout cela avançait plus ou moins bien jusqu’au 4 octobre 1994, date à laquelle le tribunal administratif de Bordeaux annule la déclaration d’utilité publique du VAL et la concession accordée à Matra pour sa réalisation. Circulez, il n’y a plus rien à voir. C’est fini le VAL et la situation des transports en commun était encore plus catastrophique. 10 ans pour rien.

Je ne raconterais pas en détail la suite de l’histoire (peut être un autre article, qui sait), en tout cas, toujours est-il qu’en 2003, Bordeaux retrouve un tramway et quelques années plus tard… des quais et une ville qui retrouve sa splendeur.

Ainsi, je me permets de trouver le commentaire que j’ai cité en début d’article des plus idiots. Soyons clairs, si le VAL était arrivé à Bordeaux, aurait-on assisté à une réhabilitation aussi spectaculaire du centre de la ville ? Car avouons le, les Quais étaient aussi accueillants que les Chantiers Navals de Saint-Nazaire, à 1 heure du matin, avec une panne générale d’électricité et pendant une tempête.

Je n’habitais pas encore Bordeaux, mais j’ai vu cette période. Où la rive droite était une friche industrielle, où la place de la Cathédrale était un immense rond-point, où les cours de l’Intendance et d’Alsace-Lorraine n’étaient que de gigantesques voies d’accès au centre ville, où la place de la Bourse n’était qu’un parking, où les Quinconces étaient livrés aux voitures.

Le tramway a métamorphosé la ville et on a pris conscience qu’on avait là un patrimoine énorme et magnifique, à condition de l’entretenir et de le mettre en valeur. Et c’est ce qui fait aussi que la ville a obtenu le label patrimoine mondial, et c’est ce qui explique que j’aime autant ce qui est devenu « ma » ville, que j’aime faire visiter à ceux qui le veulent.

Place de la Comédie. Le Tramway rencontre le Grand Hôtel de Bordeaux.

A propos, pour finir, savez vous pourquoi, sur certaines représentations, les armes de Bordeaux sont coiffées d’une couronne comtale ? C’est parce que, sous l’Ancien Régime, la municipalité de Bordeaux (la jurade) était comte d’Ornon (ce qui correspond actuellement aux villes de Gradignan et de Villenave d’Ornon). C’était un privilège très rare, que peu de villes métropolitaines possédaient.

A très bientôt,

Antoine.

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6 commentaires

    1. Les nouveaux tramways en tout cas, Nantes avait bien montré qu’un tramway pouvait être élégant et dynamique. Beaucoup de Bordelais avaient un très mauvais souvenir de l’ancien tramway qui était… comment dire… poussif.

  1. En effet, j’ai connu la période où Bordeaux était noire et sombre et si sale, où la Cathédrale Saint André était un vaste rond-point, où l’on pouvait faire pareil Place de la Bourse, et tant d’autres.
    Je trouve ce commentaire idiot, de même que la remarque qu’on m’a fait récemment « Bordeaux est moche, Grenoble et Paris, c’est plus beau ». Ah bon? Je ne suis jamais allée à Grenoble, on est d’accord, mais depuis que la réhabilitation des quais, et l’arrivée du tramway, quand je rentre de Paris, je trouve que Bordeaux est lumineuse et ouverte. Je ne suis pas très objective, j’ai vécu à Paris, et je n’aime pas cette ville.
    Mais le tramway ne dénature en rien la beauté des monuments de Bordeaux, et je pense qu’au contraire, à présent, les bordelais sont plutôt fiers et contents de leur tram.
    Article très intéressant donc mon ange, je pense que tu en écriras d’autres à ce sujet! ^^
    Je t’aime!

    1. Lorsque les travaux ont commencé en 2000-2001, il y a eu un vrai pari de la part de la CUB sur le fait de l’attente des Bordelais. Vont-ils réussir à tenir avec un chantier énorme et génant en plein centre ville ? Et en fait, la population a plutôt bien pris ces travaux et ont pris leur mal en patience. C’est cette patience qui a fait que les travaux se sont somme toute bien déroulés.

      Merci ma douce. Je t’aime !

  2. Hormis quelques visites rapides avec ma grande soeur (en gros, Sainte Catherine et Quinconces), je ne connaissais pas Bordeaux. L’un de mes premières visions de Bordeaux, c’est moi, petit basque, prenant le tram depuis la gare st jean jusqu’à Pessac (avec la correspondance).
    Passer à côté de la porte cailhau (pas sur de l’écriture, désolé), de la place de la bourse et du centre ville (cathédrale etc), la moitié du temps de nuit, ce fut pour moi des moments magiques.
    Ainsi pour moi Bordeaux a toujours été belle.

    1. J’essayerai de trouver de vielles photos de la ville « avant ». Je les publirais sur le Blogpaper.
      En tout cas, j’aime beaucoup ta dernière phrase, très belle !

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