Mais au fait, qui était Peixotto ?

Je pense que ça nous l’a tous fait, pas seulement à Bordeaux. Quand on utilise des systèmes de transport de masse (Tram, Métro), on passe à travers de nombreuses stations portant un nom de personne. Et alors là, impossible de savoir qui était ce haut personnage, ce qu’il a fait de sa vie. Par exemple à Paris, quand on passe à la station Oberkampf, on est persuadé que c’est un maréchal ou un homme de guerre… Et bien pas du tout ! C’est le créateur de la manufacture de Jouy-en-Josas, là où l’on fabriquait la fameuse toile de Jouy !

Comme j’ai un peu de temps et de l’envie, comme je me débrouille pas mal en terme de tramway de Bordeaux, je me suis dit que cela vous plaira peut-être, chers lecteurs, si j’essayais de savoir à quoi correspondait le nom des arrêts de tramway de Bordeaux. Mes recherches ont été globalement concluantes et je vais vous en faire part dans cet article. Vous allez donc pouvoir épater vos amis en leur expliquant la signification de tel arrêt et ainsi, briller en société. Ne me remerciez pas, c’est tout naturel !

Un livre m’a particulièrement aidé, c’est l’excellent Dictionnaire des rues de Bordeaux, d’Annick Descas, aux éditions Sud Ouest. Si vous êtes un amoureux de la ville, je vous en conseille l’achat au plus vite, c’est une mine d’or et d’informations. Je me suis aussi aidé de Bordeaux secret et insolite, de Philippe Prévôt et Richard Zéboulon, aux éditions Les Beaux Jours, autre excellent livre sur la Ville.

Par contre, je préfère vous prévenir de deux-trois choses : 1) Je ne traiterais ici que des stations se rapportant à des personnes. Les autres feront peut-être partie d’un autre article. 2) Je ne suis pas sûr de certaines significations d’arrêts en périphérie. Par exemple, pour l’arrêt Saige, je me suis basé sur la définition de la rue de Saige à Bordeaux, en supposant que c’était la même personne. 3) Je n’ai pas réussi à trouver la signification de certains arrêts. Je ne sais pas qui est le doyen Brus et je suis persuadé que Carriet ou Bougnard sont des personnes… Si vous avez des informations, je les attends avec impatience dans les commentaires ! Et 4) Je laisse de côté les noms de saints. Bref, c’est parti !

Ligne A :

Pierre Mendès France : Homme politique français (1907-1982). Classé à gauche, il fut président du Conseil entre 1954 et 1955.

Alfred de Vigny : Homme de lettres français (1797- 1863). On lui doit notamment de nombreux poèmes et Les Destinées

François Mitterrand : Homme politique français (1916-1996), président de la République entre 1981 et 1995

Stade Chaban-Delmas : A sa mort, on a donné au stade municipal le nom de Jacques Chaban-Delmas (1915-2000), ancien député-maire de Bordeaux et Premier Ministre. Cependant, les supporters des Girondins vont toujours « au Parc Lescure », le nom original du stade.

Gaviniès : Le nom de l’arrêt vient de la place Gaviniès où il est situé. Elle est baptisé en l’honneur de Pierre Gaviniès (1728-1800), violoniste, fondateur de l’Ecole Française de violon, professeur dès 1794 au Conservatoire national de musique.

Mériadeck : Quartier moderne honni par de nombreux Bordelais, ce quartier date néanmoins de 1769. Il est baptisé du nom de l’archevêque de Bordeaux Ferdinand-Maximilien Mériadec, prince de Rohan-Guémené, duc de Montbazon. Cet archevêque donna des terres à lotir, qui devinrent le quartier Mériadeck. Il est connu pour avoir construit un nouvel archevêché, le palais Rohan, aujourd’hui l’Hôtel de Ville de Bordeaux.

Thiers-Benauge : Si la Benauge est le nom du quartier proche de cette station, le Thiers fait référence à la monumentale avenue Thiers, baptisée du nom d’Adolphe Thiers (1797-1877), homme politique français, connu surtout pour son »Manifeste de Thiers », par le fait qu’il fut le premier président de la IIIème République… et qu’il réprima sévèrement la Commune de Paris.

Galin : Situé près de la rue Galin nommée ainsi en l’honneur de Pierre Galin (1786-1821), professeur de mathématiques et instituteur à l’école des Sourds et muets de Bordeaux.

Jean Jaurès : Je pense que tout le monde connaît le député Jean Jaurès (1859-1914), directeur de l’Humanité et assassiné par Raoul Villain à cause de ses prises de positions contre la Grande Guerre.

Carnot-Mairie de Cenon : Avant la grande montée des Quatre-Pavillons, se situe cette station, le Carnot faisant référence à Sadi Carnot (1837-1894), 4ème président de la IIIème République, assassiné à Lyon.

Palmer : Du nom de Charles Palmer, un major anglais qui acheta en 1814 un grand domaine à Cenon. Ce qu’il en reste aujourd’hui est le grand Parc Palmer, maintenant propriété de la ville.

Pelletan : Un peu plus avant dans Cenon, on retrouve l’avenue Pelletan, référence à Camille Pelletan (1846-1915), archiviste, journaliste, député radical et sénateur. Il a fondé la revue La Renaissance Littéraire et Artistique.

Jean Zay : L’arrêt se situe en face du collège Jean Zay, à Cenon. Jean Zay (1904-1944) fut notamment Ministre de l’Education sous le Front Populaire. Il fut assassiné par des miliciens.

Ligne B :

Saige : Si l’on se réfère à la signification bordelaise de la rue Saige, il s’agit ici de Ferdinand-Armand de Saige (1734-1793). Avocat général au Parlement de Bordeaux, négociant, commandant des Gardes nationaux de Bordeaux en 1789, maire de Bordeaux en 1791… guillotiné en 1793.

Montaigne-Montesquieu : Entre les deux soeurs ennemies, les universités de Bordeaux III et IV, on trouve cette station, qui sont des références aux écrivains Michel de Montaigne (1533-1592) et Charles Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu (1689-1755).

François Bordes : En plein coeur du campus, cette station porte le nom de François Bordes (1919-1981), préhistorien et écrivain de science-fiction. Il permit, par ses travaux, de mieux comprendre le paléolithique.

Peixotto : L’entrée du campus, si vous venez de Bordeaux. Peixotto fait référence au parc et château Peixotto, près de l’arrêt, qui est maintenant l’Hôtel de Ville de Talence. Il fait référence à Samuel Peixotto, banquier fortuné et fantasque, qui se convertira au XVIIIème siècle au catholicisme pour devenir Charles, Paul, Joseph Peixotto de Beaulieu.

Roustaing : Pour cette station, je n’ai pas de certitues. J’ai uniquement trouvé une occurrence sur Wikipédia sur un certain Louis de Roustaing, qui possédait au XVIème siècle le domaine du Château La Mission Haut-Brion, qui se trouve à Talence. Comme l’arrêt se situe sur la commune de Talence, c’est peut-être lui…

Bergonié : On célèbre ici le nom de Jean-Alban Bergonié (1857-1925), docteur en médecine, spécialiste d’électricité médiévale. Il a fondé le premier centre anticancéreux de France, qui est aujourd’hui l’institut Bergonié, l’un des centres les plus réputés, à quelques pas de l’arrêt de tram.

Gambetta : Encore un homme politique ! Ici, on parle de Léon Gambetta (1838-1882). Il joua un grand rôle dans la consolidation de la IIIème République, fut président de la Chambre des Députés et ministre des Affaires Etrangères.

Rue Achard : A l’entrée de Bacalan, cette longue rue traverse ce quartier du nord de Bordeaux. Baptisée ainsi du nom de Philippe Adrien Achard (1814-1890), avoué à Lesparre-Médoc et député de la Gironde en 1879. Il a favorisé, en 1880, la création du 14 Juillet en tant que fête nationale.

Brandenburg : Si, comme moi, vous pensiez qu’on faisait référence à la porte de Brandenburg de Berlin, ou au Land allemand du même nom… et bien pas du tout ! Le boulevard Brandenburg fait référence à Albert Brandenburg (1835-1886), juge au tribunal de commerce, puis maire de Bordeaux, entre 1878 et 1884.

Claveau : Le terrain qui allait accueillir la cité Claveau fut acquis par la mairie après la Seconde Guerre Mondiale, où elle réalisa son projet de cité-jardin. Claveau fait référence au peintre bordelais Pierre-Eugène Claveau (1820-1902).

Ligne C :

Carle Vernet : Renommée en 1866, la rue à proximité de l’arrêt est baptisée du nom de Antoine-Charles-Horace Vernet, dit Carle Vernet (1758-1836). C’est un peintre d’histoire, de chiens et chevaux, grand prix de Rome.

Belcier : Tout proche de la gare, le quartier Belcier fait référence à François de Belcier, qui fut premier président du Parlement  de Bordeaux entre 1519 et 1544 et fut chargé d’écrire la coutume de Bordeaux.

Tauzia : On sait peu de choses sur Anne de Tauzia, dame de Brezets. Toujours est-il qu’en 1619, son legs est destiné à construire un hôpital destiné à recueillir les pauvres et les orphelins.

Place Paul Doumer : On arrive dans le quartier des Chartrons. Paul Doumer (1857-1932) fut un président de la République, le 13ème de la IIIème République. Son assassinat produisit une immense émotion, c’est pour cela que la place fut rapidement baptisée en son nom.

Camille Godard : Camille Godard (1832-1881) était négociant dans les vins et spiritueux. Très fortuné, il fit don de toutes ses possessions à la ville de Bordeaux, à la condition, notamment que la ville utilise utilement son legs comme par exemple « la création de squares, les embellissements des promenades, l’ouverture de grandes voies, la création d’écoles  de cours publics, de bibliothèques, de prix… ». C’est grâce à son don que fut acheté et aménagé le Parc Bordelais.

Emile Counord : Emile-Pierre Counord (1842-1927) a été conseiller général républicain et créateur d’une scierie à Bordeaux.

Place Ravezies-Le Bouscat : Pour finir cette balade, il faut évoquer le négociant Ravezies (1795-1877) qui fit don de nombreux terrains à la mairie du Bouscat, dont cette fameuse place Ravezies.

Le tramway vient de quitter la station Saint Bruno-Hôtel de Région et va rejoindre la station Mériadeck. Crédit photo : Spsmiler pour Wikipédia

Et voilà ! J’espère sincèrement que cela vous aura plu. Gageons que les extensions du tramway vont nous permettre de continuer cette exploration des noms de stations !

A très bientôt,

Antoine.

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15 commentaires

  1. Pour doyen Brus, vu son emplacement, un ancien doyen de Bordeaux 1 me semblerait logique…mais je n’ai rien trouvé qui le confirme.

    1. Ca se tient pas mal. J’aurais bien voulu savoir pourquoi ce doyen et pas un autre… Enfin, merci pour la précision 😉

  2. Le doyen Brus… Difficile à savoir ? Georges de son prénom… « maître prestigieux » selon l’éloge funèbre d’un de ses élèves décédé récemment… Il a oeuvré dans les années 30 ça c’est sûr, vu que sa thèse d’Etat a été soutenue en 1929 à Toulouse. « Recherches sur le pinène et le nopinène », voilà le titre. Pour le pinène, je laisse tout le monde chercher !

  3. Et pour Bordeaux… Il a été directeur de 1943 à 1969 de l’Ecole de chimie industrielle et agricole de l’université de Bordeaux devenue en 1953 Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Bordeaux, connue aujourd’hui sous le nom d’ENSCBP;

  4. M. Peixotto, d’origine juif portugais (son nom de famille se prononce « peïchoto »), a francisé son nom de famille, et est devenu M. Peychotte. Il a donc 2 arrêts de tram à son nom!

  5. Excellent post, vraiment très intéressant ! Merci et bravo ! J’y suis arrivée justement en cherchant des renseignement sur le doyen Brus ; par la même occasion, c’est vue qu’à Pessac il existe une « allée Georges Brus » et je vous passe donc l’information en guise de contribution au dossier. Merci aussi à ceux qui ont commenté en permettant l’identification de ce… « Masque de fer » de la ligne B du tram !

  6. Bravo pour ce travail de recherches….mais derrière « negociants de vin » pour certains noms cela ne cacherait pas « esclavagistes »…..,!?

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