[Chronique CD] Shining – V : Halmstad

C’est un lieu commun de dire que des albums vont ont marqué. Je pense qu’on a tous quelques opus qui sont ancrés au plus profond de vous, que vous connaissez sur le bout des doigts. Que ce soit la musique ou les paroles qui vous touchent, c’est un de ceux-là. De ceux qui vous accompagnent dans votre vie. J’en ai quelques uns, de tous horizons musicaux : rock, rap, electro, métal… avec bien sûr une préférence pour ce dernier genre, en tant que grand fan de métal. Pourtant, je ne pensais pas que cet album là allait devenir l’un de mes préférés.

Replaçons nous dans le contexte. Nous sommes en mai 2007 (imaginez vous, j’avais… 18 ans !) et je parcourais un magasine (Hard N’ Heavy pour ne pas le nommer, que j’affectionnais énormément). Et voilà que je tombe sur la critique d’un album au titre énigmatique : V – Halmstad, d’un groupe tout aussi mystérieux, Shining.

Ayant retrouvé ce magasine et la chronique, je vous la livre : « C’est sous le patronyme de sa ville natale que Shining met sa cinquième dépression en musique, accouchant d’un monument de noirceur et d’ombres diaphanes. Des influences black-métal de leurs débuts perdure une sensation constante de malaise, renforcée par les parties de chant réellement hallucinées issues de l’âme torturée du groupe, Kvarforth. Le chanteur psychotique (qui avait disparu durant de longues semaines en août dernier, laissant ses camarades spéculer sur son suicide) prouve sur V : Halmstad qu’il est revenu des ténèbres plus dérangé que jamais. Musicalement, le groupe mêle une lourdeur écrasante à des instants atmosphériques sublimes, avec une mention spéciale au travail accompli par les guitares acoustiques qui alternent mélodies étranges et solos dignes des maîtres de l’instrument. V : Halmstad est tout simplement unique. A manipuler avec précaution, certes, mais à manipuler impérativement. Pour l’amour de l’art.

4,5/5″

Shining est un groupe qui a de quoi faire peur. Déjà, de black métal. Ces groupes comme Emperor qui vous amènent, lors de leurs disques, faire une balade dans une forêt glauque en pleine nuit sans lune autour des loups. Entendons nous bien, je respecte ces groupes pour leur énergie et leur musique, mais moi, ce n’est pas du tout ce que j’aime. Et Shining ne parle que de désespoir, de mort, de scarification et prône le suicide comme seule solution possible. Ambiance festive et joyeuse assurée.

Et comme il l’est inscrit dans la chronique de Hard N’ Heavy, le chanteur, leader, fondateur du groupe avait disparu quelques mois, laissant au groupe une lettre leur demandant de prendre comme nouveau chanteur un certain « Ghoul », qu’ils ne rencontreraient que lors d’un concert à Halmstad. Et lors de ce concert, l’on vit apparaître le chanteur de Mayhem, Attila Csihar… mais aussi Kvaforth qui « limogea » Csihar et reprit sa place de chanteur de Shining. C’est connaissant l’histoire et l’idéologie de ce groupe que je me suis plongé dans V : Halmstad.

Pochette de l'album V : Halmstad

L’album s’ouvre avec ces quelques vers du poète William Hughes Mearns :

« As I was going up the stair

I met a man who wasn’t there

He wasn’t there again today
I wish, I wish, he’d go away ».

Et c’est la plongée définitive vers la noirceur, la dépression, la peine, pendant 50 minutes. C’est puissant, c’est sombre, c’est beau de déprime. Un soleil noir dans le monde de la musique.Les passages typiquement black métal contrebalancés par le rythme plus blues et jazz de certains passages. Et le chant… qui laisse transparaître la douleur et la souffrance, au delà des mots. Le groupe suédois chantant en suédois, il m’est impossible de comprendre les paroles des compositions. Mais cette voix belle de souffrance… elle reste.

Comprenez moi bien, je n’adhère en aucun cas aux idéaux de Shining. Mais dieu, V : Halmstad reste pour moi l’un de mes albums fétiches, qui a à ce jour le mieux retranscrit la peine humaine, la douleur et le désespoir. Tellement beau et puissant. Je ne peux que vous encourager à écouter cet album, de ne pas vous laisser entraîner par le pendant black métal de Shining, qui n’est en fait qu’un outil pour vous entraîner dans un monde de noirceur et de perte. Beau comme un diamant noir. Et c’est ce qu’on demande à la musique, nous offrir des voyages aux confins des émotions humaines.

Tracklist :

  1. « Yttligare ett steg närmare total jävla utfrysning » (Yet Another Step Towards Complete Fucking Desolation) – 6:22
  2. « Längtar bort från mitt hjärta » (Longing Away from My Heart) – 8:29
  3. « Låt oss ta allt från varandra » (Let Us Take Everything from Each Other) – 6:05
  4. « Besvikelsens dystra monotoni » (The Dismal Monotony of Disappointment) – 10:05
  5. « Åttiosextusenfyrahundra » (Eightysixthousandfourhundred)  (reprise de la Sonate au clair de lune de Beethoven) – 2:43
  6. « Neka morgondagen » (Deny Tomorrow) – 8:49

A très bientôt,

Antoine

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Un commentaire

  1. Tu m’avais déjà parlé de cet album, c’est intéressant de lire pourquoi il t’a tant marqué.
    A part les Hanson, j’ai beaucoup de chansons, ou d’albums de groupes divers auxquels des souvenirs sont accrochés, et c’est rigolo de les retrouver quand je les écoute à nouveau. Sauf certaines que j’évite.

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