Essayons de comprendre la cessation de paiement de Virgin Megastore

Ce matin, la radio France Inter publia une information qui fut bien vite reprise par la plupart des médias : Virgin Megastore va demander d’être placée en cessation de paiements lors d’une assemblée extraordinaire prévue lundi. Si l’on savait que le vendeur de produits culturels était mal en point, on ne pensait pas que c’était à ce point. Pour donner une idée, Virgin était la quatrième chaîne de produits culturels en France, selon le classement 2007 de Livres Hebdo. Avec cet article, je voulais essayer d’éclaircir quelques points de cette histoire.

logo Virgin

1) Cessation de paiements ? Kézako ?

Ici, je parle sous le contrôle de Saint-Wikipédia donc si je raconte des bêtises et que des gens compétents dans le domaine juridique veulent corriger, il ne faut pas hésiter. En gros, l’entreprise voit qu’elle ne peut plus faire face à ses débiteurs et demande l’aide de la justice pour y voir plus clair. Grâce à un administrateur, elle va faire le compte de ses actifs (biens, immobilier, créances en sa faveur…) et de ses dettes. Après inventaire, l’administrateur va décider de faire poursuivre l’activité ou non.

Dans le cas de Virgin Megastore, l’entreprise accuse une dette de 22 millions d’euros et ne peut pas, ou très mal, payer ses fournisseurs, verser les salaires des employer et payer ses cotisations sociales. Attention par contre : Virgin n’est pas encore en cessation de paiements, elle le sera lundi si l’assemblée extraordinaire approuve le projet. Les syndicats ont dès à présent annoncé qu’ils diraient non, car il y aurait absence de projet de redressement sur le long terme pour redresser la barre.

2) Mais pourquoi en est-on arrivé là ?
Je ne vais pas refaire le débat de la vente en ligne et du piratage (ce n’est pas le but de l’article), mais Virgin s’est retrouvé face à une baisse drastique de son chiffre d’affaires (comme la FNAC par exemple). De plus, elle n’est pas propriétaire des locaux de ses magasins et le prix des loyers en centre-ville a bel et bien augmenté.

D’autant que l’entreprise a déjà fermé des magasins pour essayer d’enrayer la chute de ses bénéfices : Mérignac, Metz, Carrousel du Louvre, Toulouse-Capitole pour ne citer qu’eux. Cependant, ça n’a pas du tout suffit, ça a fait même baisser le chiffre d’affaires…

3) Hey mais c’est Virgin ! Pourquoi Richard Branson ne fait rien pour sauver l’entreprise ?
Pour une bonne et simple raison : c’est que Virgin Megastore France n’est aucunement lié au groupe Virgin. Le groupe Virgin Stores France, qui exploite les magasins, payent une licence au groupe Virgin pour avoir le droit d’utiliser la marque. C’est comme Virgin Radio : Virgin ne la possède pas, Lagardère ne fait que payer une licence pour avoir le droit d’exploiter la marque.

Mais dans ce cas, à qui ça appartient ? Si Lagardère les avait acheté en 2001, les magasins ont été revendu à Butler Capital Partners, un fonds d’investissements qui possède des participations dans un grand nombre d’entreprises.

4) Quid du Furet du Nord ? 
L’ancienne plus grande librairie indépendante de France, sise à Lille, avait été rachetée par Lagardère et vendu en même temps Virgin à Butler Partners. On manque d’informations à ce sujet mais le Furet ne devrait pas fermer. Peut-être la société sera vendue au moment du redressement judiciaire ?

5) Virgin a du stock : il suffit que les gens viennent pour secourir l’enseigne et tout rentrer dans l’ordre !
C’est là où le bât blesse. Au vu de la situation calamiteuse de Virgin, il ne serait pas étonnant que les fournisseurs coupent les ponts. Dans la liste des créanciers, ils ne sont pas du tout prioritaires. C’est d’abord le versements de cotisations sociales, puis les les impôts et les salaires qui sont en tête de la listes des créances prioritaires. Si les divers fournisseurs de Virgin pensent qu’ils ne verront jamais la couleur de l’argent qui leur ait dû, ils vont tout simplement arrêter les livraisons  Et si Virgin n’a plus rien à proposer en rayon, ça ne va rien arranger…

La façade du Virgin Bordeaux, place Gambetta (Sud-Ouest)

La façade du Virgin Bordeaux, place Gambetta (Sud-Ouest)

6) Au terme du dépôt de bilan, il va se passer quoi pour Virgin Megastore ?
Trois solutions peuvent être envisagées. La première, c’est celle d’une poursuite de l’activité : les dettes sont réglées, les ventes partielles de magasins ont apporté du cash, le projet de nouvelles boutiques plus petites porte ses fruits, on repart ! C’est la solution la plus optimiste.

La deuxième solution est de considérer qu’en l’état, Virgin Megastore ne peut plus assumer ses activités. Mais coup de chance, un repreneur arrive et investit massivement dans Virgin, en sauvant l’enseigne au prix de lourdes coupes budgétaires.

La troisième et dernière solution, c’est de dire Virgin ne peut plus être sauvé, qu’aucun repreneur n’est intéressé. Dans ce cas, ce sera la liquidation totale, la fermeture définitive et le licenciement des salariés restants.

7) Mais… Mais ce n’est pas possible ! On ne peut pas faire disparaître une chaîne de magasins du jour au lendemain !
C’est pourtant ce qui est arrivé à d’autres Virgin Megastores. Ceux du Royaume-Uni ou des Etats-Unis par exemple ont tous disparus en très peu de temps, après leur faillite. Plus près de nous, la chaîne américaine Borders, une sorte de FNAC américaine, deuxième groupe US de vente de produits culturels, a fait faillite en 2011, fermant 400 boutiques dans le pays et causant la disparition de près de 20 00 emplois.

8) En fait, ça sent vraiment le sapin hein ? 

Pour être tout à fait honnête, on ne voit pas trop comment Virgin peut s’en sortir maintenant. On se souvient néanmoins que les premiers temps des magasins de Marseille et de Bordeaux furent vraiment difficiles, la rayon librairie de l’unité bordelaise ayant vu ses comptes fermés chez les distributeurs livres. Il y a toujours de l’espoir. On peut aussi supposer que le repositionnement en unités plus petites, un temps envisagée par la direction, peut marcher et sauver un certain nombre de magasins. Néanmoins, les grands magasins comme ceux des Champs-Elysées, de Marseille ou de Bordeaux vont très probablement être les premiers à faire les frais de cette faillite.

On en reparlera sûrement sur le Blogpaper dans les prochains mois. En tout cas, courage aux salariés de Virgin Megastore d’ici là, en espérant que cela va se débloquer favorablement pour eux.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s